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Le Fihavanana



Oct. 23, 2019, 3:32 p.m. |

Le fihavanana est une forme de lien social valorisé dans la culture de Madagascar. S'apparentant à l'entraide et à la solidarité, cette valeur constitue un principe de base de la vie collective à Madagascar. Le fihavanana est d'ailleurs explicitement cité comme tel dans le préambule de la Constitution de la Troisième République malgache. Le terme "Fihavanana" est aussi utilisé pour décrire un lien de sang. Le terme "Mpihavana" qui est mot un dérivé, désigne des personnes membres d'une même famille.

Véritable lien social au sein des communautés rurales malgaches, le fihavanana est un ensemble de règles et de normes qui définissent un code de bonne conduite en société. Mais quel est son rôle exact ? S’il permet parfois d’expliquer les comportements et la culture, c’est surtout dans sa composante de régulation de la production économique que nous l’étudierons ici.

Le fihavanana, le reflet de l’esprit d’entraide et de partage à Madagascar

Malgré l’invasion des civilisations révolutionnaires d’outre-mer, les Malgaches sont ancrés à des coutumes d’antan. Cela se reflète dans la préservation du « fihavanana ». Cette règle de vie typiquement malgache régente la vie communautaire locale depuis la nuit des temps. Dans ce concept, l’esprit de partage, d’entraide et de solidarité coulent de source auprès de quiconque. Il génère instinctivement la cohésion de tous dans les moments de joie ou de peine, quelle que soit la région.

 

À Madagascar, préserver le fihavanana est le souci de tout un chacun pour quoi que ce soit. Les membres de la famille au sens élargi, le voisinage immédiat ou non, ainsi que l’entourage au grand complet forment une grande communauté liée par le fihavanana. Tout le monde se donne la main afin de vivre ensemble en harmonie. Toute circonstance de la vie qu’elle soit heureuse ou malheureuse nécessite l’assistance et la contribution de tous.

En contrepartie d’une assiette de riz ou de manioc, chaque foyer fait appel aux autres, à tour de rôle, pour réaliser les travaux des champs. Tout le monde se porte présent lors d’une naissance, d’un mariage ou d’un décès. Omettre d’aviser ou d’inviter un ou plusieurs individus pour un événement quelconque ou une cérémonie est inadmissible. Se dérober d’un adidy (obligation sociale envers autrui générée par le fihavanana) veut dire s’écarter des autres. Ce qui représente une véritable offense à l’esprit de cohésion sociale.

 

Lors d’une naissance, il est d’usage de rendre visite à la parturiente au plus vite. Les uns apportent des articles de puéricultures essentiels au nouveau-né, d’autres offrent le fameux ro-patsa (bouillon aux langoustines) réputé pour ses vertus qui favorisent la montée du lait. Tout le monde ne manque pas de donner un peu de sucre, des fruits de saison, du kitoza (viande boucanée) ou de l’argent pour acheter de quoi manger et par conséquent, booster l’appétit de la mère et lui permettre de nourrir suffisamment le poupon.

À la connaissance d’un décès, tout le monde se précipite vers le foyer du défunt pour présenter les condoléances et s’enquérir des activités afin d’enterrer dans la dignité le défunt. Auprès de nombreuses communautés villageoises, il existe déjà une répartition préétablie des tâches. Les hommes se chargent de la fourniture de bois de chauffe et de la cuisson des aliments à présenter à la famille du défunt et aux visiteurs. Femmes et enfants s’occupent de la provision suffisante d’eau potable, de la donation d’une quantité égale de grains de riz et de café. En complément du famangiana collectif où tout un chacun fait une cotisation d’argent, chaque famille offre quelques billets de banque au foyer éploré afin de la décharger au maximum de ses peines.

Grâce au fihavanana, le hameau tout entier est uni par un solide lien de partage, d’entraide et de cohésion.

Le fihavanana : philosophie ancestrale, épine dorsale de la société malgache

Le mot fihavanana possède comme racine havana, signifiant « de la famille ». Pour faire simple, il s’agit en quelque sorte de considérer tout le monde comme un membre de sa famille et d’agir en conséquence. Pour les Malagasy, la famille est très importante.

Même si certains se détestent dans un village, en apparence, tout le monde agit les uns avec les autres comme avec un membre de sa famille. Lorsqu’il y a des travaux importants à accomplir, chacun y met la patte : les travaux de rizières, la construction d’un tombeau (il faut transporter des blocs de pierre), la construction ou la réparation d’une maison, etc.

Personne ne souhaite se démarquer des autres et chacun essaie de se fondre dans la communauté. Les conduites, les paroles et les décisions doivent toutes être en accord avec la société. En cas de conflit, on essaie de trouver le marimaritra iraisana, un consensus. Si la solution ou les mesures qui s’imposent ne font pas l’unanimité et peuvent être source de conflits, le problème doit être simplement oublié, écarté ou la recherche de solution reportée. La paix et l’union sont privilégiées au-dessus de tout.

Fondé sur le principe de réciprocité d’aide, il constitue un puissant régulateur des relations sociales.

 

 

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